Amour, misericorde, perseverance et abnégation

Les mondes fantastiques

Amour, misericorde, perseverance et abnégation

Messagepar Aventia » 16 Nov 2011 17:01

ou une comparaison entre J.R.R. Tolkien et Mel Gibson (éditorial publié sur Tinuviel.ch le 2 avril 2004)

Quand on compare les mondes de J.R.R. Tolkien et de M. Gibson, on s'aperçoit du fossé entre ces deux expériences cinématographiques recentes; non seulement dans la mise en scène, mais également dans leurs concepts religieux. Ils reflètent deux directions opposées de la culture occidentale qui se sont combattus depuis des siècles.

Pour Gibson, la Vérité est à prendre au mot, elle est simple à comprendre; en ce monde et dans l’autre il y a de place que pour les croyants. Pour Tolkien, du moins d’après de ce qu’on peut en tirer du «Seigneur des Anneaux», la Vérité est métaphorique et complexe; dans son monde, il y a de la place pour des personnages ayant d’autres croyances morales.

"La Passion du Christ" utilise les Evangiles comme livret, toutefois les critiques ont rapidement remarqué que Gibson a dévié de la Bible lorsque par exemple il s’agissait de montrer le role des Juifs dans sa mort, ce qui fut exagéré c’est le moins que l’on puisse dire. Pour Gibson, l’importance dans la vie de Jesus est sa mort, ainsi que le fait qu’il soit prêt à affronter des tortures inimaginables et la descente dans les abîmes afin de nous sauver de nous-même et de nos pechés.

Le «Seigneur des Anneaux» par contre nous enseigne une vérité métaphorique. La trinité de Tolkien - Gandalf, Frodo et Aragorn – vit dans un monde païen, lequel à la fin du film marque le début de l’Age des Humains (c’est-à-dire sans elfes et magiciens). Il y a de grandes similitudes avec le trio Huan, Luthien Tinuviel et Beren à la fin du premier Age. C’est l’esprit de la vie de Jesus (et non sa mort) qui guide ces trinités dans leur quête, dans la violence parfois necessaire, l’amour, la misericorde, la perseverance et l’abnégation.

Ce n’est pas un hasard que «La Passion du Christ» ait été salué par les forces conservatrices, en particulier les chrétiens catholiques, lequels tendent à considerer le monde uniquement à travers la lentille de leur Vérité absolue. Lorsque Jesus dit «personne ne parvient à mon père, s’il n’a pas passé par moi», Gibson referme la porte du paradis pour tous ceux qui n’embrassent pas le Christ, en particulier les juifs et les romains, lequels seraient responsable de sa souffrance et de sa mort. Dans la trilogie de Tolkien, le prix de la gloire est de reconnaitre le Mal et d’être prêt à le combattre.

Considerer le «Seigneur des Anneaux» uniquement comme une construction chrétienne serait le sous-estimer: Tolkien commença à se l’imaginer pendant les horreurs de la première guerre mondiale et il fut écrit dans l’ombre de la menace nazis; Tolkien se préoccupa de la lutte contre le Mal comme personne d’autre auparavant. Le monde du «Seigneur des Anneaux» n’éxclut personne: hobbits, elfes, humains de toutes sortes, tous sont bienvenus.

Entre Tolkien et Gibson apparaissent deux courants de pensées, lesquels représentent un très ancien et important débat culturel. Lorsque les conservateurs prétendent que la Bible est la seule Vérité et qu’en même temps, ils froncent les sourcils considérant l’homosexualité, pour eux celle-ci est un peché maintenant et pour l’eternité. Dans le film, Gibson continue sur sa lancée ridiculisant les hommes homosexuels – une constante au long de sa carrière – en plaçant sur le thrône un Herod ressemblant plus à une reine qu’à un roi. Tolkien pensait qu’il est essentiel qu’une religion puisse s’adapter au monde moderne, il est donc peu intelligent pour ne pas dire amoral de favoriser et de porter à l'écran de telles discriminations.

Les conservateurs auront tendance à soutenir Gibson: le Mal est aussi absolu que l’est la Vérité. Dans la «Passion du Christ» le diable est une réalité et non une allégorie. Le relativisme moral de Ponce Pilate permet en fin de compte aux intrigues d’aboutir. Il demanda à sa femme «quel est la Vérité ?» et ce sera son incapacité de reconnaitre Jesus en tant que cette Vérité qui donnera l’occasion à Caiaphas (le meneur des juifs) de demander la mise à mort du Christ. C’est ce genre de relativisme moral ou un essaie d'objectivité qui rend les conservateurs fou de rage face aux libéraux. Pourquoi ceux-ci par exemple ne peuvent-ils pas voir, se demandent les conservateurs, que ce Saddam Hussein est le Mal absolu ? D’un autre coté, c’est ce fondamentalisme de gens comme Gibson et le G.W. Bush qui nous provoque à notre tour.
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Re: Amour, misericorde, perseverance et abnégation

Messagepar Invité » 16 Nov 2011 17:02

Je suppose qu'il en sera toujours ainsi...
Le plus sinistre dans cet "exposé" c'est que nulle discution n'en découle.
Les axes rigides et droits ne concoivent de place pour les sentiers qui serpentent... et les sentiers refusent de se faire transpercer par la flèche implacable des rigides.
C'est pourtant quans ils se melent que ça devient interessant
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Re: Amour, misericorde, perseverance et abnégation

Messagepar Aventia » 16 Nov 2011 17:03

Oui, les chemins rigides et droits... nous assistons en ce moment à un dialogue de sourds entre les deux candidats à la présidence américaine. Il est clair qu'ils n'ont pas tellement le choix, le moindre faux pas peut être catastrophique. Une flèche peut egalement manquer sa cible. C'est arrivé lorsque Mme Kerry-Heinz a critiqué l'inactivité apparente de Mme Bush, dans un interview il y a une dizaine de jours. Ce lapsus fit beaucoup de bruits, surtout dans les milieux féministes. Mme Kerry a oublié que Mme Bush était institutrice et mère de famille. Mme Bush lui a repondu avec dignité, ce qui peut-être vaudra quelques voix à son mari. Parfois, il vaudrait mieux que les gens se taisent. Mme Kerry s'est excusée. Les femmes semblent avoir un ton plus civilisés entre elles que leurs maris. Mais vous avez raison, ce n'est que lorsque les idées sont polarisées que le débat devient interressant... il faut toutefois que la "dispute" (au sens rhetorique) reste dans un cadre où l'on débat des problèmes et non des personnes.
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Re: Amour, misericorde, perseverance et abnégation

Messagepar Invité » 16 Nov 2011 17:04

Je me demande si en Europe ça pourrait se passer...
Si la population acceptait que les services secrets leur mentent à leur guise. S'excusant plus tard dans un démenti... s'ils accepteraient de savoir que les élections sont truquées...
Bref de voir qu'ils ne sont rien, que leur pays n'est pas le leur mais celui de riches industriels.
Peut être est finalement le cas en Europe, mais à moindre échelle.
Il me semble par exemple que Jacques Chirac a triché plus subtilement...
Sans doute par simple nécessité...
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Re: Amour, misericorde, perseverance et abnégation

Messagepar Aventia » 16 Nov 2011 17:05

J’ai l’impression qu’il y a des sociétés en Europe qui sont plus critiques que d’autres. Mais même la naivité des britanniques a des limites. Tony Blair va sans doute l’apprendre à ses dépends lors de la prochaine élection. Vue de loin, la France me semble un pays où la discussion politique fait partie de la culture, ce qui fait des français des gens parfois gênants. Je suis heureuse que le peuple français ait su dire « non » à l’extreme-droite lors des dernières élections présidentielle, même si le choix de ré-élire Jacques Chirac a dû peser lourd au cœurs de beaucoup d’électeurs. En Allemagne, ils sont également très critiques, y compris vis-à-vis de leurs dirigeants. En fait, la France et l’Allemagne ont heureusement découvert ces dernières années qu’ils avaient beaucoup de points communs et deviennent ainsi le cœur de la nouvelle Europe. En Suisse, nous avons un système difficile à comprendre, où le contrôle par l’Etat fédéral est tenu au minimum (le peuple suisse a par exemple rejeté la création d’une police politique par referundum il y a quelques années). Par contre, le contrôle au niveau des communes peut être très très agaçant. Nous avons un gouvernement collégial, traditionnellement peu transparent. Cela s’est de beaucoup amélioré ces dernières années, avec débats télévisés à l’appuis (par exemple « Arena » sur la télé suisse allemande). Historiquement, par contre, ce fut une catastrophe. Pensons aux mensonges qui ont été servis au peuple durant et les 30 années suivant la dernière guerre mondiale. Je ne crois pas que ce soit possible à nouveau, quoiqu’on se rend compte de la manipulation souvent que bien des années plus tard (si elle est découverte).
Quant aux USA, s’ils ré-élisent G.W. Bush, on peut se demander vraiment ce qu’il faudrait pour qu’un président ne soit pas ré-élu : mensonges, manipulations, corruption… toute la panoplie y est, comme le montre si bien le film et les bouquins de Michael Moore. Lisez également les articles du Washington Post, ils sont parfois excellents. Il y a heureusement une élite qui ne se laisse pas conduire à l’abattoir comme des moutons. Malheureusement, en temps de « guerre », le peuple américain croit devoir élire un homme à poigne, donc républicain. Dieu sait si cette « guerre » est artificielle, le peuple américain est tenu dans un état de peur permanent, les agences de renseignement propageant régulièrement de fausses nouvelles concernant des attaques terroristes imminentes. Tout cela est connu, mais le peuple américain a peur de perdre la face. Or, dans la guerre de l’Irak, ils l’ont déjà perdu, comme ce fut le cas au Vietnam. Il leur faut un président démocrate pour sortir du bourbier. La tache pour Kerry sera très difficile.
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