(Mars 2014) FDF - Interview de Fatoumata Sidibé


(Mars 2014) FDF - Interview de Fatoumata Sidibé

Messagepar Fatoumata Sidibe » 14 Mar 2014 05:58

Fatoumata Sidibé - FDF
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(Mars 2014) Interview de Fatoumata Sidibé
  1. D'ou vient votre engagement en politique ?
    D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été révoltée par les inégalités, les discriminations, les injustices. Très tôt, a émergé en moi la conscience de la justice, de l'équité, de l'égalité, de la liberté. Originaire du Mali, un pays musulman à 90 % où la religion influence fortement les lois, règlements et différents aspects de la vie quotidienne, où certaines coutumes et traditions rétrogrades perpétuent les discriminations à l’égard des femmes, où plus de 80 % des filles sont victimes des mutilations génitales, où la polygamie est légale, où les mariages forcés sont imposés aux jeunes filles, où en matière d’héritage, les femmes sont frappées du sceau de l’inégalité, où, dès le plus jeune âge, on apprend aux petites filles que leur destin est de souffrir, de se résigner, de se soumettre, de se marier, de faire des enfants et de faire honneur à la famille, j’ai toujours refusé que les femmes soient confinées dans des statuts de citoyennes de seconde zone.
    Toute petite déjà, j’ai eu l’occasion de prendre la mesure des inégalités, des injustices, des discriminations  dont sont particulièrement victimes les filles et les femmes. Au  nom de la culture, de la religion, des traditions, du patriarcat.  Pour moi, les filles et les garçons devaient être égaux en droits et en devoirs et je me refusais d’être une citoyenne de seconde zone, une mineure à vie. Je me voulais un esprit libre, capable de prendre du recul par rapport aux normes et aux dogmes, refusant le déterminisme. Je ne voulais pas être déterminée par un sexe biologique nullement choisi.
    Au Mali, à peine adolescente, je participais déjà aux manifestations étudiantes contre la junte militaire au pouvoir. Une aspiration collective à la démocratie soufflait, réveillant les jeunes consciences. Je suis une militante laïque, féministe et antiraciste. Femme de convictions et d’actions, longtemps, engagée dans l’associatif, c’est naturellement que mon engagement associatif m’a emmenée en politique. J’avais déjà été approchée par les FDF lors des élections fédérales de 2007 mais je me suis donnée le temps de la réflexion. En 2009, je décide de répondre à ce défi pour poursuivre mon engagement pour la justice, la laïcité, l'égalité et les droits humains. Nous sommes tous responsables du monde dans lequel nous vivons. C'est pour cela que je me suis engagée.

  2. Estimez-vous le système communal belge assez fonctionnel pour une politique citoyenne, bref que ça fonctionne réellement ?
    Ce système fonctionne correctement. Il est parfaitement démocratique et remplit ses obligations envers le citoyen.

  3. La politisation en Wallonie est extrême; il semble que les partis s'en accommodent, voir en profitent. N'est-ce pas là la cause de désintérêt des citoyens ?
    Le manque d’intérêt du citoyen à l’égard de la politique est constaté dans de nombreux pays européens, que leurs institutions soient politisées ou non.

  4. (Sciences et soins de santé) A l'heure actuelle, on en arrive à du n'importe quoi avec la science, sous prétexte de corriger certains problèmes, de fournir des solutions à des faux problèmes. Une providence pour les industries pharmaceutiques et la recherche médicale. Mais le profit pour les citoyens ? Car il faut être de plus en plus riche pour s'offrir le progrès. Votre sentiment sur le coût du 'progrès' ?
    Hélas, le progrès ne bénéficie pas à tout le monde et partout dans le monde.
    Investir dans la R&D est aujourd’hui reconnu comme nécessaire, voire vital, pour relever les défis de la mondialisation et améliorer nos modèles sociaux.
    Enfin, il faut tout mettre en œuvre pour développer la recherche scientifique, notamment en augmentant les budgets de la recherche fondamentale alloués aux universités et au FNRS, mais aussi en soutenant la recherche développée par les firmes pharmaceutiques.
    L’accès aux soins de santé est un droit humain fondamental qui est loin d’être garanti. La santé pour tous requiert de revoir l’impact de la mondialisation et de réfléchir à un cadre socio-économique et politique cohérent. Il faut rendre les médicaments de base accessibles à ceux qui en ont besoin ici et ailleurs. Il est du devoir de la communauté internationale de soutenir techniquement, scientifiquement et financièrement les pays les plus précarisés, de promouvoir un marché équitable.

  5. On parle beaucoup d'emplois 'sociaux'. N'est-ce pas dualiser la société ? Des emplois réels pour une partie, et des emplois de seconde zone pour les autres. Est-ce votre vision d'une société équitable ?
    En matière d’emplois sociaux, certaines catégories sociodémographiques et socio-économiques sont plus fragilisées que d’autres : les femmes, les personnes seules (en particulier les parents de familles monoparentales, les chômeurs, les personnes disposant d’un faible niveau d’éducation, les femmes isolées, les personnes avec une nationalité non-UE. Cela touche particulièrement les femmes souvent contraintes d’accepter les emplois les plus précaires (titres-services et nettoyage, grande distribution, soins aux personnes, horeca, etc.). Des conditions de travail pénibles et une faible rémunération impliquent des risques de précarisation sociale... Certaines personnes, notamment les personnes d’origine étrangère, exercent des métiers en de ça de leurs qualifications. Les activités des services d’aide aux personnes sont souvent mal payées et sont associées au « sale boulot ». Elles sont prises en charge par des personnes souvent sans diplôme qui subissent le chômage de longue durée, par des personnes qui ont un diplôme étranger non reconnu par le pays d’accueil .... Le risque est un marché ethnicisé caractérisé par la mise à l’emploi d’une main d’œuvre  au rabais spécialisée dans le « sale boulot». Par ailleurs, il y a une réflexion à mener par rapport aux titres services et aux Articles 60.
    « Il n’y a pas de sots métiers, il n’y a que de sottes gens ». Il y a des métiers à valoriser tant professionnellement que financièrement. Particulièrement ceux qui concernent l’humain, ceux qui remplissent une fonction sociale.

  6. Politique étrangère/ Israël, puissance nucléaire. Est-il raisonnable d'accepter qu'Israël possède l'arme nucléaire ?
    Ce pays est assez arrogant et agressif. Une parité nucléaire/ sans nucléaire n'est-elle pas préférable avec les pays voisins, y compris l'Iran ? Votre sentiment sur cette question ?

    Les armes nucléaires constituent une des menaces les plus sérieuses pour l’humanité. Afin de la conjurer, on a tenté de geler la situation par un traité de non-prolifération (ci-après « TNP ») dans le but de parvenir ensuite à une dénucléarisation complète par le biais d’un désarmement en plusieurs phases.
    Depuis l’extension indéfinie du TNP en 1995, le désarmement nucléaire connaît soit des succès très mitigés, soit une absence de progrès. Or, le désarmement et la lutte contre la non-prolifération des armes nucléaires sont des gages de paix et de sécurité.
    Un équilibre entre le renforcement des contrôles, de la sûreté et de la sécurité autour du cycle du combustible nucléaire et des matières fissiles, et le maintien du droit à l’utilisation pacifique de l’énergie atomique est difficile à trouver.
    En ce qui concerne l’OTAN en particulier, il importe d’inscrire la non-prolifération, le désarmement et la maîtrise des armements à l’ordre du jour.

  7. La Belgique envoie ses troupes humanitaires un peu partout. Votre avis à ce sujet.
    Elle s’en passerait bien volontiers. Elle répond chaque fois aux appels de la communauté internationale en respectant ses engagements.

  8. Le système de libération conditionnelle ne fonctionne pas très bien. Quelles en seraient les causes, selon vous ?
    Je ne suis même pas certaine que ce système ne fonctionne pas bien.    D’après le SPF Économie, au 1er mars 2013, la population carcérale s’élevait à 11 732 détenus pour 9 255 places disponibles.
    Outre son coût élevé, la surpopulation carcérale génère des conditions de vie inhumaines pour les détenus, un mauvais environnement de travail pour le personnel pénitentiaire et limite l’accompagnement nécessaire à la réinsertion dans la société.
    Pour la « Ligue des droits de l’Homme », dans ses “Analyses et réactions à la Déclaration de politique générale du gouvernement Di Rupo” du 10 décembre 2011, la surpopulation est principalement liée au recours excessif à la détention préventive ainsi qu’à un allongement des peines. En 25 ans, le nombre de prononcés de peines de prison de 5 ans ou plus a été multiplié par trois.
    Elle résulte également d’une sévérité accrue des magistrats, des possibilités de cumul de peines, d’une augmentation des révocations de sursis ou des libérations anticipées ainsi que de la survenance plus tardive d’une libération conditionnelle.
    Face à cette surpopulation, la Cour des comptes a examiné les mesures du gouvernement. Pour la Cour, ces mesures seront inefficaces si elles ne s’inscrivent pas “dans une approche intégrée et dans une réforme plus large du droit pénal et de la procédure pénale”. La Cour conclut qu’“il faut également que ces mesures tiennent compte des données disponibles relatives aux conditions à réunir pour être efficaces (détention préventive, surveillance électronique, peine de travail autonome et internement).
    Le ministre de la Justice est également au fait de l’impact, jusqu’à présent limité, des mesures politiques et de la nécessité de réaliser l’approche intégrée précitée.” Or, plutôt que d’effectuer de véritables réformes permettant de répondre à la surpopulation, le gouvernement Di Rupo poursuit la politique de son « Masterplan », par la création de nouveaux établissements et durcit même les possibilités de libération conditionnelle par une “loi de circonstance “.
    Selon le Comité des ministres du Conseil de l’Europe et les conclusions du « jury de consensus » réuni, en France, à l’initiative de la Garde des Sceaux en vue de prévenir la récidive et composé de représentants de la société civile, sous la présidence du professeur Françoise Tulkens, la libération conditionnelle constitue l’une des mesures les plus efficaces et les plus constructives pour prévenir la récidive et favoriser la réinsertion sociale des détenus dans la société.

  9. Si vous pouviez changer une seule chose, ce serait ?
    Chaque être humain devrait pouvoir jouir du minimum à savoir : un toit, la nourriture, les soins de santé et l’éducation.


Fatoumata Sidibé
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