Loi anti-tabac ou anti-fumeurs ?


Loi anti-tabac ou anti-fumeurs ?

Messagepar Linda Mondry » 22 Nov 2011 20:39

Loi anti-tabac ou anti-fumeurs ?

Linda Mondry


Image Alors, j’ai quoi à vous raconter aujourd’hui? Ben tout d’abord, mon autoportrait journalistique ça avance. Enfin, un peu trop même. En tous cas c’est très amusant à écrire et je crois que je vais vous le filer sous forme de chronique. En fait, j’ai déjà quarante ans et bon ben… J’suis à la moitié peut-être. Et j’ai déjà des choses à raconter. C’est pas à une vieille guenon qu’on apprend à faire la grimace et puis bon, tout de même, j’ai tenu jusqu’ici. C’est déjà pas si mal. Passque bon… Faut parfois s’accrocher. Enfin, je ne veux pas vous parler de ça. Mais plutôt le fêter (c’est tous les jours mon anniversaire) en vous emmenant prendre un bon verre. Une pils, de préférence, dans un petit café de mon cru. Vous allez voir, il est pas mal çui-là. Quoique des comme ça, y’en a à peu près dans tous les quartiers bruxellois. Enfin, on ne sait pas trop pour combien de temps encore. Pas sûre qu’ils arrivent à tenir aussi longtemps que moi…

En fait, j’y suis entrée la première fois pour un rendez-vous avec un ami. C’est chouette, c’est dans son quartier et on y a pris nos habitudes assez épisodiques. C’est une famille dont on ne sait pas vraiment d’où ils ont émigrés. J’y vois autant de latinos que d’est-européens. Parmi les clients, beaucoup de belges plus ou moins quart-monde aussi. J’aime bien ce genre d’ambiance, on voit parfois monter des enfants à l’étage par une porte plus ou moins dérobée. Enfin, quand ils rentrent chez eux à la fin de l’école. Cartable sur les épaules évidemment.

En fait, le patron est assez rigolo. Toujours plus ou moins taciturne. On peut faire à peu près tout ce qu’on veut chez lui, genre se mettre à danser effrontément devant son comptoirs sans aucune raison apparente ou répéter toujours les mêmes trucs… On sait, il a déjà sûrement tout vu et entendu dans son commerce… Sauf que tout à coup, y’a eu un truc qu’on ne pouvait plus faire chez lui: fumer. Aïe, ouitch! Même lui, qui ne semble pourtant pas être accroc à la cloppe, ça lui a fait mal. Bon an mal an, j’ai continué à fréquenter l’endroit. C’était devenu tout de suite plus tranquille. Cool, tu peux aussi lire ton bouquin ou ton journal sans être dérangée.

Image Le problème c’est que des clientes comme moi, malgré tout fumeuse, y’en avait pas beaucoup. On ne peut pas dire que des tas de non-fumeurs soient venus respirer l’air enfin pur suite à la désertion du petit monde habituel. A l’unif, en économie politique, on m’avait appris qu’il y avait des biens complémentaires comme, par exemple, le bic et la feuille de papier. Et que si on ne peut en fournir un, ça a un impact sur l’autre. Force est de constater que la cloppe et la Jupiler font partie de cette catégorie. Bref, y’avait plus personne. Je ne sais pas où ils étaient tous passés, les clients, mais y’en avait plus.

En fait, cette loi « anti-tabac » ça fait des drôles de phénomènes. Parfois prévisibles mais d’autres plus inattendus. Bon, évidemment, tout le monde s’est retrouvé sur le trottoir. A tel point qu’il n’ y a parfois plus personne à l’intérieur. C’est rigolo de voir les gens boire en rue, genre apéro-urbain. Sauf évidemment pour les riverains. Surtout dans les quartiers aux cafés forts fréquentés. On aurait pu croire que ça allait se tasser avec l’arrivée de l’hiver… Mais non! C’est encore plus rigolos de voir les bâches et les cahutes s’ériger à coup de moult chauffages extérieurs. On s’emmitoufle. Pas sûre que ce soit génial pour le réchauffement climatique et les grippes mais les fumeurs en ont d’ores et déjà vu d’autres.

Un jour, sans rire, je fumais tranquillement quand un employé un peu exalté est venu me demander de déguerpir d’un trottoir: on ne fume pas devant un hôpital! Ha oui, oups… J’avais pas vu! Je la connaissais pas celle-là… Je scrutais plutôt mon bus. Et puis aussi un autre truc rigolo: j’ai fréquenté un endroit, pas un café je vous rassure, où les voisins en avaient tellement marre des blablas que l’interdiction, informelle mais très résolue, était plutôt de fumer… à l’extérieur. J’avoue, le temps de comprendre et de rentrer fissa, j’ai commis la faute. Pardon, oups. Sorry.

Dans le domaine du rigolo encore, y’a tous les patrons qui créent un espace fumeurs. Tu entres, et souvent, tu ne vois personne avant de descendre à la cave ou de monter au grenier. C’est assez cosy parfois. J’en connais même un où le patron a emménagé le lieu avec des matelas. Sous forme de plus ou moins fauteuils. Y’a aussi une table de salon avec, évidemment, un énorme cendrier (le seul qui lui reste, je l’ai vu vendre les autres aux enchères). Y’a une télé avec sa télécommande, aussi. C’est très relax et ça donne tellement d’idées que j’ai vu, dans un autre café, qu’il y avait au mur une caméra. Ben oui! Depuis le bar au rez-de-chaussée, on ne peut évidemment pas avoir les yeux sur tout.

Et puis y’a celui qui a emménagé le sas de « décontamination » en simili véranda. Dans l’espace fumeur, y’a même des plantes grimpantes, des chaises de jardin et une gouttière pour donner l’illusion. Pas sûre que si les extra-terrestres débarquent, ils ne décident pas de colloquer toute la planète. Autre effet pervers, mais qui ne date pas d’hier celui-là: les balayeurs communaux en ont marre de ramasser les mégots! La loi oblige à fumer à l’extérieur des bureaux et cafés, bien entendu, mais pas à installer des cendriers. C’en serait presque immoral, une incitation à la débauche en quelque sorte. Enfin voilà, c’est ce qu’un d’entre-eux m’a dit en ne plaisantant qu’à moitié lors d’une bavette sur un trottoir.

Y’a donc des aspects moins marrants. Comme par exemple ce qu’il s’est passé une des dernières fois où j’ai mis les pieds dans mon petit café familial. D’autorité – comme ça paf ! – le patron est venu me déposer un cendrier sur la table. J’en revenais pas. La fois suivante, tout le petit monde était à nouveau là. Comme à l’accoutumée, les petits vieux et tout et tout: à boire, discuter, s’amuser et s’embrasser amicalement le long du comptoir. Sympa, finalement. Sauf qu’il y avait un truc qui clochait. Tout le monde semblait se réchauffer non seulement grâce à la chaleur humaine retrouvée, mais également autours des flammèches de bougies déposées sur les tables. Parfois, les mains se regroupaient autours des lueurs intimes.

En voyant un chauffage électrique dans un coin, j’ai compris pourquoi le patron avait à nouveau déposé un cendrier devant mon nez. En fait, j’en ai eu marre de cailler et je me suis décidée à aller dans un autre établissement où était emménagé un vrai espace fumeur. Là, il ferait plus chaud. En commandant mon verre au patron alors qu’il allumait la lumière pour la seule cliente que j’étais, j’ai du déchanter. Lui aussi avait drastiquement réduit sa consommation d’énergie. Quand je lui ai dit « Ce n’est pas normal que pour préserver la santé des uns on détruise la travail des autres » , il m’a enfoncé le regard dans les yeux et m’a répondu tout simplement: « Oui. »

Alors, je ne sais pas mais je n’ai pas l’impression que l’industrie du tabac, elle, se porte si mal. Je suis la première à dire que la cloppe, c’est vraiment de la merde. J’ai pas d’autres mots. Et si je fume, je n’inciterai jamais quelqu’un à commencer. Bien au contraire, moi-même je serai contente d’arrêter. Mais le jour où je le choisirai, je vois mal quelqu’un d’autre en décider à ma place. L’humain est ainsi fait. De même, si les cafetiers n’ont pas envie de voir des fumeurs dans leur établissement, il leur suffit simplement d’apposer l’interdit. Par eux-même. Ils ont le choix, je pense, de leur clientèle et le droit de pouvoir vivre de leur métier. Difficile de le leur enlever. Alors, je sais, cette position ne plaira pas à tout le monde mais… J’aime bien les petits cafés de quartier. Il me font peut-être mal au poumons, mais très rarement au coeur. Enfin, sauf quand ils ferment définitivement leurs portes.

Alors bon ben voilà, j’ai été très bavarde. Vite un petit Gainsbarre. Pas le choix


Et alors la revue de presse:

Bon tout d’abord un lien concernant le sujet qui nous préoccupe. La cloppe interdite dans les voitures ?On est bien le 17 novembre pourtant…

Une rencontre avec le sociologue Saïd Bouamama sur la manipulation de l’identité nationale.

Une interview de Jean-Patrick Abelsohn et Mark Sanders: Peut-on désobéir à l’argent ? Sur l’économie distributive. A voir…

Et un article sur la réedition de Tziganes et gitans, l’année dernière: Un tzigane n’est pas tous les tziganes.

Voilà… Ben à la prochaine les n’amis. A la bonne vôtre. Kissouilles!

Lynda
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