Laissons les vieilles moustaches là où elles sont

Forums de discussionsL'endroit pour les discussions générales


Règles du forum
Avertissement
  • Aucun message à caractère raciste ou contrevenant à la loi
  • Aucun appel à la violence ou à la haine, ni d'insultes
  • Commentaire rédigé en bon français et sans fautes d'orthographe
Quoi qu'il advienne, les modérateurs n'auront en aucune manière à justifier leurs décisions.

Tous les commentaires appartiennent à leurs auteurs respectifs et ne sauraient engager la responsabilité de l'association Terraburg.

Laissons les vieilles moustaches là où elles sont

Messagepar Laurence Guillon » 19 Sep 2015 21:24

Par Laurence GuillonLaissons les vieilles moustaches là où elles sont

1455


A la suite de divers articles ou commentaires visant à réhabiliter Staline dans des groupes dont, par ailleurs, je partage le combat, je crois nécessaire de mettre les choses au point, pour ne pas avoir l’air d’accepter ce que je n’accepte pas du tout, au nom de la réconciliation devant l’ennemi commun. Nous ne devons pas aggraver la confusion ambiante en opposant un révisionnisme à l’autre.
Je lis parfois que le Holodomor, assimilé à un génocide d’Ukrainiens par les Russes, n’était pas la fait des bolcheviques et de la collectivisation, mais qu’il était dû aux manœuvres occidentales. Ou bien que les répressions touchaient uniquement les « koulaks, ces paysans riches qui faisaient trimer les autres comme des esclaves ».
En ce qui concerne le Holodomor, admettons que l’Occident ai joué un rôle, tout est possible, mais d’après tout ce que je l’ai lu, vu et entendu, y compris en Russie, on ne peut laver le régime soviétique de cette horreur. Cela dessert la cause que nous voulons défendre. Cela nous met dans la même position que nos adversaires, qui mentent ou déforment la réalité. Ils mentent quand ils disent que le Holodomor était un génocide d’Ukrainiens commis par des Russes. Nous déformons la réalité quand nous essayons de mettre la faute sur l’Occident ou de minimiser la chose, ou d’insinuer que c’étaient « les paysans riches » qui en étaient responsables. Car la chose a bien eu lieu. Mais ce n’était pas en tant qu’Ukrainiens que les gens étaient contraints de mourir de faim en Ukraine, et les Ukrainiens n’ont pas été les seuls à être touchés, et enfin, ce n’est surtout pas en tant que Russes qu’agissaient leurs persécuteurs, car ils avaient la Russie en horreur sous toutes ses manifestations, ils voulaient extirper l’esprit russe de tout le pays, l’esprit russe qu’incarnait la paysannerie. Il leur fallait des prolétaires et pas des paysans orthodoxes et dionysiaques, avec tout leur bazar féerique et cosmique de vêtements brodés et de chants acides, de cloches et de couronnes de fleurs. Voici comment Panarine décrit ce moment dans « la civilisation orthodoxe » ou, par ailleurs, il regrette la chute du communisme russifié des dernières décades :
« Au début, à la période de surplus, ils prenaient au paysan, qui venait de recevoir sa terre, toute sa récolte. Le travail en devenait par là même absurde. Ensuite, à la période de la collectivisation, les commissaires nécrophiles, sous les yeux des paysans, gâchaient le blé qu’ils leur avaient enlevé, en l’arrosant de bonne façon. Le bétail confisqué mourait de faim dans les parcelles collectives, les récoltes confisquées pourrissaient ou brûlaient. Ce théâtre de l’absurde, organisé avec une sombre et mauvaise jubilation de nécrophiles devant la vie profanée, dura des décennies.
On semait du lin, dans le seul but de le récolter à l’automne et de le brûler. Au temps de « l’épopée du maïs », sous Khrouchtchev, des superficies de terre étaient dévastées pour être occupée par le « roi des champs » qui décevait la science et ne donnait rien. Après la famine monstrueuse des années 30, qui avait commencé à la suite de la collectivisation générale, le pouvoir décida de céder momentanément à « l’instinct de propriété ». On accorda aux paysans de misérables parcelles de jardin, moins de 1% des surfaces cultivables du pays. C’était un petit oasis de vie dans le royaume de la scholastique socialo-bureaucratique mortifère. Et cet oasis nourrissait de ses sucs le pays exsangue, fournissant près de 40% de toute la production agraire. Mais cette petite revanche suscita aussitôt l’agitation et la haine des eunuques du communisme, qui commencèrent à exiger pour chaque poule élevée, chaque arbre fruitier planté un impôt qui excédait des dizaines de fois le « bénéfice » possible du paysan.
Le foyer paysan misérable était isolé et bloqué par tous les efforts d’une armée mobilisée de surveillants-expropriateurs. Il était interdit de mener le bétail au pré, on ne pouvait faucher pour le nourrir que dans des endroits peu commodes, pris au hasard, près des ravins, et encore en cachette, avec les coups d’œil traqués qui accompagnent les pratiques illégales et honteuses. La réaction rationnelle à cette censure omniprésente, et qui ne connaissait pas la pitié envers les manifestations de la vie, eût été de tout laisser tomber, de partir à la ville et de passer dans les rangs de la bureaucratie et de la technocratie victorieuse.» (Panarine, la Civilisation orthodoxe)
Les cosaques, du Don, du Kouban ou d’ailleurs, furent persécutés par le régime autant que les Ukrainiens. Pourquoi ? Parce que les cosaques formaient une population fière, indépendante et industrieuse qui ne pouvait être tolérée par des personnages de cette sorte, et j’ai entendu, de mes propres oreilles, lire, au cours d’une émission russe, des lettres de Trotski réclamant toujours plus de massacres. La question qu’on peut seulement se poser c’est : peut-on parler de génocide au sens de massacre pour des raisons ethniques, pour éliminer un peuple particulier ? Non, encore que parmi les révolutionnaires, beaucoup haïssaient les Russes en tant qu’ethnie. Il s’agissait d’éliminer une classe, la paysannerie, surtout la paysannerie qui s’en sortait bien, et qui avait une tradition d’indépendance, les paysans et les cosaques d’Ukraine, ou du Kouban, ou d’ailleurs. Mais cela faisait beaucoup de monde, la Russie de 1917 étant essentiellement paysanne. Cela faisait énormément de monde. Et pas seulement « les paysans riches ». Au fait s’il y avait tellement de paysans riches en Russie, en plus des nobles, pourquoi fallait-il faire une révolution ?
La réponse m’a été donnée une fois par un étudiant communiste français lors d’un stage linguistique en Russie en 1973, puis par un peintre new-yorkais de gauche que j’entendais vitupérer à longueur de temps le plouc français sur le terroir duquel il avait son charmant petit mas de vacances : « Les paysans font échouer les révolutions ». C’est-à-dire que par exemple en Russie, la révolution se faisait pour elle-même, pour cette coterie de commissaires du peuple majoritairement non russes qui massacraient les autres et leur empoisonnaient la vie.
A la suite de l’abolition du servage, puis de la politique de Stolypine, ainsi que je l’ai lu et entendu dire, la condition des paysans s’était en effet peu à peu améliorée.
A-t-elle jamais été aussi atroce que le veut la légende ? Au vu des grandes isbas décorées du nord, des vêtements de fête magnifiques, de l’artisanat rural fantastique, des chansons complexes et innombrables que ces gens savaient, de leur artistisme, j’en doute. Oh naturellement, il y avait des pauvres et des injustices, il n’y a pas de société parfaite. Mais si les paysans russes avaient croupi dans une profonde misère sans lueur, ils n’auraient pas eu le loisir de créer tout cela, c’est clair. On voit d’ailleurs, dans le beau livre d’Ivan Chmeliev Лето Господне, l’Année du Seigneur, une toute autre description des milieux populaires. Ou même dans le «Don Paisible » de Mikhaïl Cholokhov : quelle vie puissante, quelle couleur et quel lyrisme…
Donc ce qu’on appelle les koulaks n’était ni plus ni moins que des paysans travailleurs qui connaissaient leur affaire et se rapprochaient de leurs collègues français, le plouc à la Giono sur sa petite exploitation agricole, dont la guerre de 14 a éclairci les rangs avant que le marché commun européen ne vienne finir de le ruiner.
Or sous tous les cieux, ma tendresse va beaucoup plus au plouc de base qu’au commissaire politique ou au technocrate bruxellois. C’est ma faiblesse.
J’ai entendu moi-même en Russie, à la télévision, relater deux faits impardonnables. Des paysannes arrêtées en nombre avaient déposé leurs enfants en bas âge devant l’administration locale, pour ne pas les traîner avec elles en prison, et dans l’espoir qu’on prendrait soin d’eux. Ces enfants sont morts de faim, parce qu’aucun des fonctionnaires présents ne pouvait se résoudre à faire quelque chose en leur faveur, sans ordre de leur hiérarchie.
Je recommande à ce propos la lecture de l’article « les enfants de Bethléem », que j’avais également traduit :
http://www.egliserusse.eu/blogdiscussio ... em-Russie-
De telles choses ne suffisent-elles pas à en discréditer le responsable ? Sont-elles pardonnables ?
Une paysanne, veuve d’un homme mort à la guerre, et mère de cinq enfants, a été arrêtée, pour que les quotas soient remplis. Elle n’avait strictement rien fait, son homme était un héros mort à la guerre, et c’est tombé sur elle plutôt que sur la voisine, il fallait remplir les quotas, fournir au gouvernement les esclaves d’état destinés à réaliser ses grands travaux. Elle a été emmenée avec le bébé qu’elle tenait dans les bras, les autre autres enfants, mis à l’orphelinat et traités comme des ennemis du peuple, étaient venus à l’émission lacrymogène « jdi menia » (Attends-moi) pour essayer de retrouver ce nourrisson disparu dont ils n’avaient jamais eu aucune nouvelle et savoir ce que leur mère était devenue. Spectatrice assidue de cette émission, j’ai entendu de nombreux témoignages du même genre, car dans un pays comme la Russie, à la suite de la guerre et des répressions, un nombre incalculable de gens a disparu sans laisser de traces.
La plupart des gens que j’ai connus en Russie avaient dans leur famille une ou plusieurs victimes des répressions politiques. Quand je me suis trouvée sur le Bielomor Kanal, le canal de la mer Blanche, avec la croisière annuelle de l’Université d’Hydrologie, un professeur m’a dit : « Nous voguons sur les ossements de ceux qui l’ont construit ». Son père avait été de ceux qui alimentaient le Goulag, et, me disait-elle, il était mort sans en éprouver aucun remords.
Par ailleurs, combien de gens de talents, de brillants esprits qui auraient pu être utiles à leur pays ont péri aux îles Solovki ou autres sinistres lieux de détention, combien ont été simplement fusillés au polygone de Boutovo ou ailleurs, et enterrés dans des fosses communes, combien de ces fosses communes sont encore découvertes dans le pays, de nos jours ? Pourquoi a-t-on fait périr le père Pavel Florenski, écrivain et inventeur de génie, qui, à part d’être chrétien, n’avait rien à se reprocher et dont la correspondance est, à cet égard, très instructive ? On le surnomme le Léonard de Vinci russe. Il se désolait, aux Solovki, de ne pouvoir poursuivre ses travaux et réaliser des inventions utiles à la société.
http://www.egliserusse.eu/blogdiscussio ... a2872.html
J’ai vu, dans une émission russe, un vieillard de 90 ans pleurer au souvenir des atrocités qu’il avait vues aux îles Solovki. Une vieille actrice retenir ses larmes en évoquant avec dignité son enlèvement et son viol par Béria, puis sa déportation au Goulag…
Mais la liste de cas semblables serait trop longue à établir. La fleur du pays s’est retrouvée au Goulag ou à l’étranger, c’est un fait connu qu’une étudiante de Vincennes avait balayé devant moi d’un négligent : « Tous ces gens étaient des inutiles ». Des inutiles comme Pavel Florenski, cet esprit encyclopédique et généreux qui voulait consacrer son intelligence à améliorer l’existence des autres.
On trouvera dans cet article que j’ai également traduit une description de ce qui se passait au Polygone de Boutovo :
https://www.facebook.com/notes/la-russi ... 5482051416
Cela est-il admissible ?
En plus des paysans et des intellectuels, mais ces trois groupes sociaux se recoupent, le Moloch a englouti également des chrétiens en grand nombre. C’est ce que rappelle, devant les tentatives de réhabilitation, de révisionnisme, et de récupération de l’Eglise Orthodoxe, un article de Pravmir, (le Monde Orthodoxe) que j’ai traduit spécialement :
Le métropolite Hilarion (Alfeiev), qui dirige l’Eglise Russe hors-frontières s’est lui-même fendu d’un article sur ce thème, intitulé, on ne peut être plus clair : « Staline était un monstre »
Et sous-titré : Staline était tout à fait comparable à Hitler.
Le métropolite dit : « Je considère que Staline était un monstre, une aberration spirituelle qui a fondé un système atroce, anti humain de gouvernement, construit sur le mensonge, la violence et la terreur. Il a déchaîné un génocide contre le peuple de son pays et porte personnellement la responsabilité de la mort de millions d’innocents. Sur ce plan-là, Staline peut être comparé à Hitler. Ils ont tous deux causé au monde tant de malheur qu’aucun succès militaire ou politique ne peut en racheter la faute devant l’humanité. Il n’y a pas de différence substantielle entre le polygone de Boutovo et Buchenwald, entre le Goulag et le système concentrationnaire allemand. La quantité des victimes des répressions staliniennes est tout à fait comparable à celle de nos pertes pendant la grande Guerre Patriotique.
http://www.pravmir.ru/mitropolit-ilario ... im-urodom/
La victoire de la grande Guerre Patriotique était réellement un miracle, car Staline, avant la guerre avait tout fait pour ruiner le pays. Il avait anéanti toute la direction de l’armée, à la suite des répressions massives, il avait mis un pays autrefois puissant au bord de l’extinction. En 1937, quand on fit le recensement de la population, le pays avait un déficit de 10 millions de personnes. Où étaient passés ces millions ? C’est Staline qui les avait anéantis. Le pays entra dans la guerre presque exsangue. Mais malgré les répressions monstrueuses, le peuple fit preuve d’un héroïsme sans précédent. On ne peut appeler cela autrement qu’un miracle. La victoire de la guerre, c’est la victoire du peuple. D’un peuple qui a fait preuve d’une grande volonté de résistance. Le miracle de notre victoire, c’est la grande manifestation de l’esprit de notre peuple, que n’avaient pu briser ni Staline, ni Hitler »
Ici, en revanche, on peut lire ce qu’il advenait des gens dont le spectacle faisait désordre dans le défilé de la victoire, au terme de la grande guerre patriotique :
https://www.facebook.com/notes/la-russi ... de-la-société-des-vainqueurs/309145482459752
Cela est-il admissible ?
C’est en hommage à ce peuple que j’ai défilé avec lui, pour le 9 mai, dans les rangs du « régiment immortel ». Je n’ai pas célébré Staline, ni le communisme, mais le peuple russe menacé et mobilisé, toutes tendances confondues, à l’exception des libéraux, dont on peut se demander, à en juger par leurs réactions, s’ils en font partie. J’ai célébré son unité, et l’incroyable héroïsme de ses ancêtres, de tous ses ancêtres, communistes ou pas, qui sont allés défendre cette mystérieuse et mystique famille élargie de la Russie. La cause du peuple russe était juste, car il défendait son existence même contre le totalitarisme d’en face.
Cela dit, quand on était pris entre ces deux totalitarismes, comme par exemple les cosaques, que le pouvoir soviétique détruisait par villages entiers, le choix n’était pas toujours facile. On pouvait se dire : « Sauver la Russie des Allemands, et ensuite, le communisme disparaîtra un jour ou l’autre ». Ou bien : « Sauver la Russie du communisme, et pour les Allemands, on verra ensuite ».
Du temps où sévissait le communisme avec le plus de vigueur, il n’était pas question de le contester en France. Peu après la guerre, eut lieu le procès Kravchenko, relaté par Nina Berberova, qui décida ensuite, devant la partialité hystérique des intellectuels français, de s’exiler en Amérique. Le procès de Kravchenko avait tout d’un procès stalinien. La cause était entendue d’emblée, et tous les pauvres gens qui venaient témoigner n’étaient pas entendus, on les recevait comme on reçoit aujourd’hui les gens du Donbass, lorsqu’ils nous disent, nous expliquent, nous crient, nous hurlent, qu’on les massacre sans pitié et que, dans le rôle du vilain, c’est la junte aux ordres de l’Amérique et de l’Europe qui se distingue. Nous traitons Poutine, chef d’état pragmatique, qui n’a pas d’idéologie, qui semble à priori simplement patriote et possiblement orthodoxe, comme nous n’avons pas traité Staline, quand il massacrait et déportait les paysans, les cosaques, les chrétiens et les intellectuels, et aussi, on peut lui rendre cette justice, les bolcheviques qui avaient sévi les premiers temps, car ces gens-là se bouffent entre eux. Et nous n’entendons pas plus les victimes des visées colonialistes et impérialistes d’une bande de gangsters et de ploutocrates, que nous n’avons voulu entendre celles des révolutionnaires, souvent issus eux aussi du monde criminel. Pour étouffer les cris de ces dernières victimes, nous clamons, avec soixante-dix ans de retard, ce que nous ne permettions pas de dire dans les années 60 ou 70 : qu’Hitler ou Staline, c’est la même chose, et partant de là, nous faisons ce que l’on ne pardonnait pas à l’extrême droite : nous justifions Hitler au moyen de Staline. Comme nous avons justifié Staline, au moyen d’Hitler. Afin de faire passer la pilule du néonazisme de bazar que nous soutenons en Ukraine ou dans les pays baltes. De vieux cons de droite se réjouissent de voir enfin attaquer le « communisme », sans comprendre que le communisme a cessé depuis belle lurette d’être virulent, sans se souvenir que la Perestroïka a eu lieu, et croient aveuglément que Poutine est la réincarnation de Staline, sans voir où est aujourd’hui le vrai danger totalitaire. Des crétins de gauche applaudissent au massacre des prolétaires du Donbass, que je soutiens, moi, l’anticommuniste, et apportent leur caution à des ploutocrates sanglants ivres de pouvoir, à leurs mensonges et à leurs intrigues. Dans un cas comme dans l’autre, le débat est complètement faussé, pourquoi le fausser davantage en justifiant Staline ?
Ce que je reproche le plus aux Américains, c’est d’avoir artificiellement ressuscité le nazisme là où cela les arrangeait, et par contrecoup, permis aux aveugles sectateurs du moustachu de le ressortir du placard, justifiant ainsi partiellement la propagande de leurs ennemis, et une renaissance du stalinisme qui n’est pas le fait de Poutine et ne touche pas l’ensemble de la population.
Je ne vois pas pourquoi nous exigeons la vérité sur les crimes commis au Donbass, en minimisant ou en contestant ceux du moustachu brusquement canonisé. Pourquoi nous nous scandalisons de voir calomnier les victimes d’une extermination délibérée commise par la junte néonazie, mais envisageons de calomnier celles d’une bande d’idéologues démoniaques.
Même pour faire plaisir aux Russes, ou à certains Russes, je ne m’y résoudrai jamais. Et je ne pense pas qu’on serve ainsi la cause du Donbass. La vérité est la vérité. Les victimes ne doivent pas être oubliées ni vilipendées. Celles du Goulag comme celles du Donbass. Et n’assimilons pas non plus la Russie au communisme, en traitant les anticommunistes de russophobes. La Russie n’a pas davantage commencé son histoire en 1917 que la France en 1789. Pour moi, j’aime profondément la Russie, et c’est la Russie éternelle qui a été martyrisée, une bonne partie du XX° siècle, par ceux qui s’en étaient emparés. Le miracle est qu’elle leur ait survécu, et qu’elle ait même assimilé leur idéologie, comme elle assimile tout, du moins jusqu’à présent. Je pense avec Panarine, qu’il aurait fallu laisser la Russie continuer à digérer le communisme et le transmuer en quelque chose de russe, de viable et d’humain à la fois. Mais le démon, ne trouvant plus dans cette idéologie un outil convenable, s’est retourné vers le capitalisme libéral, et du coup, ne sont plus restés vraiment communistes en Russie que des purs, des prolos de base, ou des râleurs indignés, des gens du populo qui sentent que, comme d’habitude, on les a roulés, et pour lesquels j’ai quelque tendresse : car on les a laissés sur le bord de la route et, après une vie d’honnêtes travailleurs, ils ne méritaient pas cela. Je ne crois pas à une renaissance du communisme, mais il m’est désagréable d’entendre dénigrer ses victimes pour le blanchir, et reprocher à Soljenitsyne, que personne n’a lu, d’avoir dit la vérité, aussi bien aux Russes qu’aux occidentaux. Le malheur veut que l’attitude des libéraux russes actuels paraisse justifier l’opinion qu’anticommuniste égale traître à la patrie. Et que grâce aux Occidentaux, la seule alternative proposée pour l’instant prenne une pareille gueule.
D’une façon générale, il est d’ailleurs temps de passer à autre chose que l’éternelle confrontation du nazisme et du stalinisme, qui devraient être enterrés depuis longtemps, et si je montre le folklore néonazi des gangsters de Kiev, c’est pour mettre le nez de la « gauche » officielle et boboïsante dans son caca et dans ses mensonges. Car on nous fait marcher avec de vieilles lunes, alors que de nouveaux dangers prennent leur essor, ou plutôt que les monstres ont muté. Que les moustaches restent au placard, celle de Joseph comme celle d’Adolph. Et passons à la suite, qui n’est pas plus réjouissante.
Laurence Guillon
 
Messages: 1
Images: 1
Enregistré le: 19 Sep 2015 20:42
Localisation: France
Drapeau National:
France
Genre: Femme
Phone n°: 0621107947

Retourner vers Forums de discussions

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 0 invités