Cafétéria


Cafétéria

Postby Claire Boutonnet » 08 May 2013 22:19

Cafétéria

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Cafétéria de ClaraJe suis arrivée beaucoup trop tôt à l’aéroport par peur de la neige, du retard de trains…Je déniche une cafète et un coin tranquille. Banquettes en faux cuir, thé brûlant. La fièvre monte et je grelotte de froid. Devant moi ,un jeune couple d’anglais s’empiffre de pizzas et coca à 9h du matin…Elle est charmante, les yeux bridés , lui a une mèche savamment plaquée sur les yeux. Ils parlent la bouche pleine, se sourient, amoureux. En revanche, la femme juste derrière eux a l’air revêche. Son homme lui a porté un croissant et un cappuccino, elle n’a ni souri ni remercié. La cinquantaine encore jolie, bien moulée dans son jean. Ils n’échangent pas un regard, pas un mot. Il lit le journal. Que s’est-il passé entre eux ce matin ou cette nuit, depuis qu’ils se détestent en somme ? Derrière eux, avachis sous le comptoir, une famille de quatre napolitains, belles valises Calvin Klein, chacun sur son Iphone. Parents et ados les yeux rivés sur un petit écran. Ils ne parlent pas , il grognent ou s’exclament .Tragi-comique. Sur ma droite, de grosses américaines rient bruyamment et se prennent en photo. A la cafète de l’aéroport ? Very pittoresco…L’une a des cheveux bleus, l’autre de grosses lunettes blanches, la troisième , obèse, est celle qui rit le plus fort. Face à elles un autre groupe de femmes vient d’arriver : des belges ou des suisses francophones, le cheveu court et blanc, le regard d’aigle, la soixantaine efficace. Elle sont harnachées comme pour gravir l’Everest .Elles occupent trois tables avec leurs sacs à dos. Insupportables. Pas beaucoup d’hommes ce matin : faut croire que seules les femmes voyagent. Ah si, en voici un, un solitaire, qui se confond avec la colonne. Bien bâti, les traits tirés, il baille devant son café. Puis s’étire et somnole, indifférent aux bruits de fond. Le bar ne désemplit pas : c’est le coup de feu du petit déjeuner. Les serveuses enchaînent des gestes huilés au percolateur et font glisser les tasses sur le comptoir. Un pakistanais passe le balai, puis la serpillère. Il déplace les sacs et s’excuse en anglais. Moi j’écris dans mon coin, mon crayon tremble : 38 de fièvre. ..Grippe tenace.
Soudain le temps se fige et avec lui toute activité humaine : un tout jeune homme et une toute jeune fille viennent d’enter, le crâne rasé, vêtus de longs saris orange. Ils s’arrêtent souriants, cherchent une table de libre et déposent leur petit fardeau à côté de moi. Ils parlent à voix basse puis flottent vers le comptoir. Deux enfants convertis au bouddhisme. Ils reviennent avec une théière . Double mouvement chatoyant de leurs robes . Ils me frôlent et un parfum de patchouli monte jusqu’à moi. Je les observe savourer leur thé. Ils rayonnent et sourient au monde. Une aura lumineuse fait converger vers eux tous les regards : les petits anglais semblent émus, la frustrée écarquille les yeux, les napolitains lèvent enfin la tête de leur Iphone et même les grosses américaines se sont tues. Puis le halo safran enveloppe tous les clients présents, la cafète devient un temple et le comptoir un autel. Un murmure s’élève en sourdine : Aré krishna. Aré krisna, Aré Aré Krishna…Les petits bonzes lévitent au-dessus des tables et une immense joie ruisselle sur nos visages épanouis.
Mon stylo tombe par terre. Je sursaute. Je m’étais assoupie . Je regarde ma montre : mon avion part dans trente-cinq minutes, il est temps que je me dirige vers la porte d’embarquement. Je jette un denier coup d’œil circulaire à la caféteria : bar plein, clients maussades, aucune trace des bouddhistes et cependant, je sens, fugace , comme un parfum de patchouli…

Claire Arnot

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Claire Boutonnet
 
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